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Le handicap du leadership féminin dans l’entreprise

  Enregistrer au format PDF  envoyer l'article par mail title=    Date de publication : samedi 28 juin 2008
Les femmes entrepreneuses africaines se disent outrées par les difficultés qu’elles ont un peu partout sur le continent à accéder aux financements. Elles l’ont encore souligné à un atelier de formation, cette semaine à Dakar, où elles ont plaidé pour la création d’un environnement propice à l’entreprenariat féminin.

DAKAR, 20 juin (IPS) - Des femmes entrepreneuses venues d’Afrique du Sud, de la République démocratique du Congo, du Libéria, du Mozambique, du Rwanda et du Sénégal, ont travaillé, avec des organisations non gouvernementales (ONG) féminines, à renforcer leur capacité en management et en compétitivité des entreprises. Elles se disent convaincues que le développement économique de l’Afrique ne peut se faire sans l’intégration effective des femmes.

"Nous n’avons pas de moyens pour garantir nos emprunts et on nous prête de l’argent avec des taux élevés", a déclaré Marie Diallo, une pharmacienne qui travaille également dans la transformation du beurre de karité au Sénégal, lançant ainsi un cri du cœur des femmes africaines entrepreneuses.

"Malgré les efforts déployés par le gouvernement sénégalais et le fonds de l’entreprenariat féminin, nous n’arrivons pas à finaliser nos fonds. Les bailleurs ne veulent pas prendre de risques", déplore-t-elle.

Selon Bintou Diop, directrice exécutive de Femmes Africa solidarité (FAS), une ONG basée à Dakar, les femmes doivent sortir du secteur informel et doivent créer de petites et moyennes entreprises et pourquoi pas aller vers les multinationales, d’où l’intérêt de la recherche de bailleurs pour le financement de leurs activités, notamment les femmes dont les pays ont traversé des crises.

"Ces femmes éprouvent d’énormes difficultés à faire décoller leurs activités, car elles partent défavorisées par rapport aux hommes", regrette-t-elle, soulignant que pour accroître un leadership féminin fort, il faut un environnement propice aux affaires pour les femmes en Afrique.

Par ailleurs, Diop a indiqué que plusieurs études ont été faites sur le terrain, qui montrent la nécessité de renforcer les capacités des femmes chefs d’entreprises. "L’équilibre et le développement dans nos sociétés africaines passent par la formation et le renforcement des capacités des femmes", souligne-t-elle.

Diop invite également les chefs d’Etat à accélérer la création d’une banque régionale ou continentale ou un fonds spécial de financement des femmes entrepreneuses. Cela devrait, dit-elle, permettre aux femmes, non seulement de renforcer leur leadership pour une participation effective au développent de leurs pays, mais aussi d’influencer le changement et les décisions d’intégration des questions de genre dans des programmes nationaux et internationaux.

Les causes des difficultés auxquelles sont confrontées les femmes entrepreneuses africaines sont multiples et identiques d’un pays à l’autre, la principale étant le manque de financement. Les participantes ont affirmé que les femmes ont été toujours marginalisées et considérées comme des êtres inférieurs.

"Les hommes ne croient pas aux femmes dans certaines domaines comme l’entreprenariat, mais c’est culturel, surtout dans nos sociétés où la femme est reléguée au second plan à cause de la religion, et aussi parce que les banquiers ne font pas confiance aux femmes", déplore Diop.

Selon Amelia Zambèze venue du Mozambique, cet atelier de trois jours a permis de raffermir les liens entre les femmes entrepreneuses d’Afrique. "Je suis fière de participer à cet atelier de formation qui me permet d’échanger mon expérience avec mes sœurs", dit-elle à IPS. Les difficultés que les femmes ont dans le domaine de l’entreprenariat sont les mêmes et il faut une politique efficace des gouvernants africains pour encourager ces femmes.

Elle reconnaît cependant que dans son pays, des améliorations existent pour aider les femmes entrepreneuses, donnant l’exemple des banques du Mozambique qui ne sont plus réticentes comme avant pour octroyer de prêts aux femmes. Elle a salué l’appui des dirigeants qui encouragent la micro-finance pour aider les femmes qui s’investissent dans le domaine de transformation des produits fruitiers.

Umutoni Immaculée Kalisa, chef d’entreprise au Rwanda, souligne qu’il existe toujours des blocages dans son pays à cause, dit-elle, des crises survenues dans cet Etat des Grands Lacs. Elle reconnaît toutefois l’existence d’une volonté politique, mais que les moyens manquent, et lance un appel aux bailleurs et ONG pour qu’ils viennent en aide aux femmes entrepreneuses du Rwanda.

"La situation des femmes entrepreneurs chez nous est difficile. Les femmes sont dévouées, mais elles n’ont pas de moyens, on a aussi les ressources nécessaires, donc il faut que les bailleurs et les ONG nous aident", dit-elle à IPS.

Un banquier, qui a requis l’anonymat, a affirmé à IPS que les banques ne refusent pas d’octroyer de prêts aux femmes par discrimination, expliquant que les femmes sont des êtres très sensibles. "Pour un petit problème à la maison, la femme est prête à dépenser tout l’argent, même ce qu’elle doit rembourser, et cela nous retarde dans les banques", dit-il. "Les femmes peuvent bien gérer l’argent, ça on le sait, mais ce n’est pas toujours évident, surtout celles qui sont dans l’informel".

Cependant, reconnaît-il, la situation s’améliore. "Les femmes qui sont dans les petites et moyennes entreprises s’organisent en association, ce qui fait qu’elles arrivent à coordonner pour le remboursement des prêts, mais quant au taux très élevé dans les banques, il n’y a pas de taux pour femmes et un autre taux pour les hommes, le taux est le même", précise-t-il.

Pour sa part, Boubacar Traoré, le représentant du ministre de la Famille, de l’Entreprenariat féminin et de la Micro-Finance, pense que l’Afrique ne pourra se développer sans une réelle intégration des femmes qui constituent plus de la moitié de la population. Il estime que cet atelier de formation permettra aux femmes africaines de mieux s’insérer dans la marche d’un monde globalisé, où le dynamisme des affaires et la compétitivité des entreprises sont largement tributaires de la qualité des ressources humaines, notamment la maîtrise des techniques managériales.

"Malgré les difficultés économiques et des tabous sociaux dont sont encore victimes les femmes, il est bien de constater que certaines femmes émergent du lot, développent des activités et participent à la création de richesses", affirme-t-il. "Le combat pour l’émancipation, l’équité et la parité de genre est constant, profond, militant et figure parmi les priorités du gouvernement du Sénégal".

Selon les conclusions de l’atelier, les femmes africaines entrepreneuses doivent, après cette formation, avoir une vision des équipements et des outils nécessaires pour faciliter la communication, l’interconnexion et le partage des expériences entres elles et avec d’autres structures. Mais les femmes doivent également poursuivre leur formation en développement organisationnel et en faisabilité de projets en vue d’accroître leurs performances économiques. (FIN/2008)

Koffigan E. Adigbli




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