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Gotene, une icône de la peinture bantu contemporaine

  Enregistrer au format PDF  envoyer l'article par mail title=    Date de publication : jeudi 26 novembre 2009
Le début des années 80 a été marque, dans la vie culturelle africaine, par le lancement du projet « Centre International des Civilisations Bantu ».
L’un des programmes établis pour cette nouvelle institution, action culturelle emblématique, à tous points de vue, a été la Biennale de l’Art Bantu Contemporain.
L’un des objectifs assignés à cette opération culturelle, inédite, a été la promotion de cet important domaine, passablement orphelin, de la créativité artistique en Afrique centrale, orientale et australe.

Il s’agissait, naturellement, dans cette démarche d’encourager et de faire connaitre au monde, les meilleurs talents, artistes plasticiens, de cette aire culturelle.

Le développement de ce programme, qui s’est étalé sur une vingtaine d’années, depuis la sélection et l’acquisition de la collection initiale, la tenue des cadres émulatifs, le choix des reproductions représentatives, la publication de catalogues, l’illustration de notes de presse et d’articles, la réalisation de films documentaires et l’exposition itinérante a été domine par la signature d’ un peintre, hors pair, le congolais de la rive droite, Marcel Gotene.

Nous nous attèlerons, donc, dans notre communication à mettre en relief, dans une première revue, l’inévitabilité et la densité de ses œuvres dans toutes les étapes et déclinaisons de la Biennale du CICIBA ; cela nous permettra, d’apprécier, en bout de chaine, entre autres certitudes, aussi bien la personnalité artistique que la contribution du peintre de Mfwa a la cristallisation du concept de l’ existence d’ un art bantu contemporain.

LA PREDOMINANCE GOTENIENNE

Engagée, en 1984, à la mise en place de la manifestation biennale, la première tache de la nouvelle organisation de coopération culturelle interafricaine a été d’ordonner une sélection d’œuvres, susceptible d’intégrer sa collection, initiale, d’art contemporain.

Après des missions de consultation et d’expertise dans la majorité de la dizaine d’Etats signataires de la Convention du Centre, un fonds fut donc constitue.

Le constat statistique était éloquent, sur la centaine d’œuvres rassemblées 10% étaient les fameux « draco » de Marcel Gotene.

Cette sélection, exigeante, a tous points de vue, propose par un expert, hors zone bantu, a donc confirme la grande qualité des œuvres du thaumaturge de Talangai.

Et, à l’unanimité, le Conseil de Direction de la Case Bantu salua, singulierement, l’acquisition des toiles du peintre brazzavillois.

La force de ses œuvres sélectionnées résidait, et cela s’est affermie, une vingtaine d’années plus tard, par son empreinte technique ; des aplats polychromes généralement griffés, ailes et serpentes.

L’EMBLEME CICIBA

La publication du premier catalogue de la Biennale de l’Art Bantu Contemporain allait confirmer la qualité des compositions de la grande palette post -Poto-Poto.

Sur plusieurs propositions d’illustrations de la couverture de cette publication, l’imprimeur du CICIBA conseilla le tableau «  Symbole des traditions », l’un des chefs- d’œuvre de Gotene, acquis par le Centre.

L’on souligna, bien a propos, dans la légende, le prestigieux Prix International AGIP « Enrico Mattei » pour les Arts Plastiques, attribue, quelques années avant, et a juste titre, au peintre de la cite de Pietro Savorgan di Brazza.

La Maison des Bantu voulait insister sur ce prix, qui provenait de l’un des plus grands pays, par excellence, de la peinture, l’Italie, berceau du Quattrocento c’est-à-dire d’ El Rinascimento avec ses effets en Europe occidentale et dans le monde.

La toile reproduite sera encore reprise, sur suggestion de la Fondation Rockefeller, à travers la Senior Curator new-yorkaise, Susan Vogel, sur les affiches de la Troisième Biennale.

Cette action de reproduction qui atteindra, au total, un tirage total de 10 000 exemplaires, aura des conséquences sur les artistes plasticiens amateurs et artisans librevillois et sur divers observateurs culturels internationaux.

Le Centre d’ Awendje enregistrera, successivement, diverses offres de répliques en tissage et broderie, notamment, de la part de jeunes dames artistes, française et gabonaise, de « Symbole de traditions ».

Au Village Artisanal de la capitale gabonaise, des spécialistes du contretype s’acharneront à reproduire des dizaines de l’étonnante toile de l’ikona.

La télévision gabonaise ne sera pas, elle aussi, insensible a ce tableau. Il en fera, pour quelques semaines, un de ses décors.

Le magazine «  Le Courrier  » édité par la Commission Européenne publiera, dans l’une de ses livraisons de 1986, notre article «  The Bantu Contemporary Art. The revived African Art  ». L’un des illustrations de ce texte a été la belle composition venue de Mfwa.

La toile, devenue célèbre, sera aussi reproduite, en affiches fidelis, dans le cadre du programme de coopération culturelle entre le CICIBA et la Commission Européenne.

En fait, l’exceptionnelle œuvre de Gotene collera, avec beaucoup de bonheur et définitivement, a l’image de l’institution internationale.

DES GOTENES ITINERANTS

Les toiles du Maitre de la collection d’Art Bantu Contemporain, intègreront, invariablement et majoritairement, l’exposition itinérante organisée par le CICIBA en Afrique.

Celles-ci seront, en conséquence, admirées à Malabo, Bata, Yaoundé, Harare, Dakar, Sao Tome, Luanda, Lusaka, Kinshasa et Bangui.

Marcel GoteneL’INFLUENCE GOTENIENNE

Observatoire privilégié de l’évolution des arts plastiques dans la region, nous avons pu confirmer la sublimation par Gotene de l’Ecole de Peinture de Poto-Poto.

En effet, l’artiste a opéré un véritable «  advancement » de l’expression picturale qui s’est cristallisée au Rond Point de Moungali en apportant, en Maitre dégagé et illuminant, rigueur dans la composition, non – récurrence thématique, construction métaphysique, puissance esthétique et inspiration poétique.

Et ce progrès propose par Gotene a été compris et se traduit, a la rue Franceville, par des tentatives expressives similaires menées par Mpo ou Iloki Jr.

En réalité, Marcel Gotene a produit, a lui tout seul, une Nouvelle Peinture de Poto-Poto.

LA CAPITALISATION DE L’ŒUVRE DE GOTENE

Relayée dans le cadre régional du Centre International des Civilisations Bantu, la promotion de la référentielle peinture du Vétéran mérite, aujourd’hui, plus que jamais, de vigoureuses initiatives, ici, dans son pays et ailleurs, dans le monde.

La présence des œuvres du Maitre dans le web doit être augmentée et leur exploitation industrielle, en déclinaison design, rendue effective.

L’on pourra mettre en route des reproductions dans la réalisation d’un nombre infini de supports imprimes, d’accessoires décoratifs, d’objets artisanaux, etc.

SYNTHESE ET CONCLUSION

Lancée, au milieu des années 80, la Biennale de l’Art Bantu Contemporain a été marquée par la flamboyante peinture du congolais de la rive droite, Marcel Gotene.

La composition ouvertement académique de ses toiles et la fixation de thèmes, invariablement, bien identitaires, associées à une stricte exigence technique, a fait, naturellement, du plasticien post- lodsien, la signature la plus acquise et, subséquemment, la plus représentée dans la collection du Centre de Libreville. Deux des éléments souvent mis en relief par l’eikonion, issus de la sculpture statuaire ainsi que le champ thématique exploite est bien atteste dans le proto-bantu et, naturellement, dans la majorité des langues de l’Afrique centrale, orientale et australe.

Ces traits, approchant la perfection de la créativité picturale contemporaine, rêvée, dans l’aire culturelle des Atu et cette présence, heureuse, ont fait du Maitre, la principale figure artistique, proprement rédemptrice, de l’image du Centre d’Awendje.

En effet, les chefs-d’œuvre goteniens intégreront tous les programmes d’expositions itinérantes organisés dans la sous-région et serviront a l’illustration de divers supports imprimés produits par l’institution de coopération culturelle interafricaine (couverture de catalogues, affiches, articles, reportages et documentaires, etc.). Ceux-ci verront, également, émerger, surtout, au pays du siège, leurs clones, principalement, dans le domaine du tissage.

L’attribution d’un Grand Prix au peintre de l’anthropologique polychromie des Plateaux, par le CICIBA n’a fait que confirmer l’immense talent de ce plasticien, l’un des grands d’Afrique, qui avec dignité et honneur, a évité son enrôlement dans des circuits internationaux, de loin, bien rémunérateurs, mais implacablement uniformisants.

Pour ce grand sacrifice consenti, malgré son immense talent de niveau bien international, Gotene est un parfait exemple d’afro-centrisme culturel, un véritable héros artistique vivant et restera un icône de la peinture bantu contemporaine.

Simao SOUINDOULA
Historien et critique d’art / Expert UNESCO
Luanda - Angola


lire aussi sur www.jeuneafrique.com (19/08/2010) : Marcel Gotène : "Je suis un drôle de type !", Par Tshitenge Lubabu M. K





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