le magazine du Sénégal dans le monde

Cameroun - Le biocarburant à partir du palmier à huile menace des populations

  Enregistrer au format PDF  envoyer l'article par mail title=    Date de publication : samedi 24 novembre 2012
Dans la partie méridionale du Cameroun - un des pays les plus agricoles d’Afrique centrale, près de 108.000 hectares de terre sont affectés à la culture du palmier à huile, et environ 30.000 hectares de forêts ont été défrichés, de 2001 à 2006, pour l’expansion de cette plante.

source : www.cetri.be - 2 février 2010

Du palmier à huile, est extraite une huile alimentaire consommée aussi bien au Cameroun que dans bien d’autres pays côtiers de l’Afrique de l’ouest et du centre. Mais depuis 2005, le biodiesel, un marché naissant et prometteur pourrait constituer un moteur puissant pour la culture du palmier à huile et les entreprises industrielles.

Selon Jean Momo, ingénieur au ministère de l’Agriculture et du Développement rural, c’est en 2001 que le gouvernement a lancé le projet "Palmier à huile", dans le cadre de sa politique volontariste de modernisation de l’agriculture.

Avec l’aide du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, dit-il à IPS, nous voulons établir d’ici à 2010, environ 50.000 hectares de plantations supplémentaires, pour un objectif de 250.000 tonnes.

Le Cameroun a une superficie d’environ 475.5OO kilomètres carrés, avec une population de quelque 17 millions d’habitants, selon des statistiques officielles.

En 2005, la production d’huile brute de palme du Cameroun était d’environ 140.000 tonnes. Elle se répartit entre trois secteurs : un secteur agro-industriel, des plantations villageoises au service des agro-industries, et un secteur artisanal traditionnel.

Des entreprises agro-industrielles, comme la Socapalm , la Safacam et la Ferme suisse , présentent, à ce jour, un plan de développement ambitieux dans la filière. Ce plan repose sur l’extension des plantations et sur les gains de productivité qu’il est possible de réaliser aussi bien dans la production que dans la transformation.

Selon des dirigeants de ces trois entreprises, l’huile de palme crue est une source de biodiesel appropriée. Beaucoup de pays d’Europe et le Japon ont déjà adopté des politiques favorables aux énergies renouvelables à la suite de leurs engagements pour la mise en œuvre du Protocole de Kyoto signé en 1997 pour diminuer le réchauffement de la terre par une réduction des gaz à effet de serre.

Ce protocole préconise la réduction, par les pays développés, des émissions de six gaz à effet de serre de 5,2 pour cent entre 2008 et 2012, par rapport aux niveaux de 1990 qui étaient de 55 pour cent.

Le biodiesel, produit au Cameroun depuis 2005, est utilisé seulement par les entreprises qui l’exploitent. Mais la quantité produite n’est pas rendue publique, malgré l’insistance de IPS auprès de ces entreprises. Elles ont simplement indiqué qu’une quantité d’huile de palme brute est exportée principalement vers le Nigeria, la France, l’Italie, la Malaisie et l’Indonésie, tandis qu’une autre est transformée par des industries locales.

"Les nouveaux marchés pour les biocarburants favorisent également l’augmentation des ventes d’huile de palme", affirme Jacques Emana, ingénieur à la Socapalm. "Il est normal que le Cameroun et les entreprises, qui sont basées dans ce pays, obtiennent des parts considérables du marché".

Mais, ces plans et projections d’expansion de la culture du palmier à huile pour la fabrication des biocarburants ont de fortes répercussions sur les forêts camerounaises et sur les populations qui en dépendent, expliquent des organisations non gouvernementales (ONG) du Cameroun.

"Le défrichage en vue de la plantation de palmiers est l’une des causes principales de la déforestation du pays et des incendies de forêts", explique à IPS, Marie Mendouga, membre de l’Organisation camerounaise pour la défense de l’environnement, une ONG basée à Yaoundé, la capitale. "Une autre cause importante est l’exploitation du bois par les spéculateurs".

Pour Mendouga, l’expansion du palmier à huile implique un changement important dans l’affectation des terres et des ressources, des modifications radicales de la végétation des écosystèmes locaux, des mouvements et des réinstallations de populations.

Les populations sont confrontées à de graves problèmes dans les zones de plantations de palmier à huile. La plupart de ces problèmes naissent des conflits d’ordre foncier avec les entreprises. Le sentiment général, selon Philippe Engoulo, habitant de Nyeté, près de Kribi, au sud-ouest de Yaoundé, est que les entreprises escroquent et spolient les populations de leurs terres, en les incitant à passer des accords fondés sur de fausses promesses et en les empêchant de participer aux décisions.

Les habitants dénoncent, entre autres, la non-reconnaissance des droits coutumiers ; des plantations établies sans permis gouvernemental ; une absence d’information aux communautés ; des accords non négociés ; la manipulation des chefs traditionnels pour forcer les ventes ; des indemnités non payées ; des avantages promis mais non fournis ; des terres non attribuées aux petits agriculteurs.

Les responsables de la Safacam et de la Socapalm , interrogés par IPS à Yaoundé, ont refusé de se prononcer, estimant qu’ils n’avaient pas le pouvoir de parler à la presse.

Mais un dirigeant de Ferme-Suisse , joint au téléphone, qui a préféré garder l’anonymat, a dit à IPS que les entreprises ne spoliaient pas les individus de leurs terres. "Nous les achetons, parfois à de meilleurs prix qu’ailleurs. Le problème, c’est que des gens soi-disant personnes éduquées viennent, par la suite, leur dire qu’au regard de l’investissement réalisé par notre société, ils méritaient mieux que ce qui leur a été versé".

Par ailleurs, l’extension en cours de la plantation de palmiers à huile, dans la région de Kribi, est faite au détriment des forêts avoisinantes, affirme Hubert Minkoulou, un ressortissant de la région. ’’C’est de ces forêts’’, ajoute-t-il, ’’que dépendent les populations locales’’.

"Les grands conflits fonciers avec les groupes ethniques Bagyelis, Boulous et Fang, à qui la terre a été confisquée sans compensation, ont été mis sur le compte des entreprises industrielles", dit-il à IPS.

"Notre mode de vie traditionnel est devenu impossible et aucune insertion dans l’économie de marché n’est envisagée",

explique à IPS, Florence Mpecke, une habitante de Kribi. Selon elle, les entreprises font venir leurs ouvriers d’autres régions du Cameroun et les logent dans des campements situés dans la plantation. "Les villageois riverains, eux, ne sont que rarement embauchés", se Mpecke plaint-elle.

Par ailleurs, les produits chimiques utilisés par les entreprises et les rejets de leurs usines polluent massivement des cours d’eau avoisinants et provoquent des maladies (diarrhée, bilharziose, typhoïde, dysenterie, choléra), selon les affirmations de Mpecke, confirmées par Dr Marc Dzomou, de la clinique de l’Espoir, à Yaoundé.

Depuis 1963, année de création de la première plantation industrielle de palmier à huile au Cameroun, l’histoire des plantations est douloureuse et entachée du sang et des larmes des communautés autochtones, selon Pierre Minko de ’Equal Rights Opportunity Forum’, une ONG basée dans la capitale.

Aujourd’hui, ajoute Minko, avec les projets de production de biodiesel, les planteurs de palmier et les promoteurs de ces entreprises ont encore de nouvelles possibilités de croissance, mais probablement au détriment des populations encore.

"Et pourtant, notre histoire, c’est l’histoire silencieuse des forêts disparues pour devenir des plantations", regrette Odette Lobe, présidente du Comité de développement villageois de Nyete. "C’est l’histoire des cultures ancestrales et (des populations) transformées en prolétariats ruraux. Leurs voix demandent qu’on arrête la destruction proposée par les promoteurs du biodiesel".

Sylvestre Tetchiada

PDF - 4.3 Mo

Télécharger le Rapport du CED, de FOCARFE, MISEREOR et SHERPA...................


lire aussi sur www.aeud.fr (12 mars 2008) : Les Camerounais exploités des palmeraies de Bolloré

sur www.survivalfrance.org (22 Septembre 2009) : La Banque mondiale suspend ses prêts aux compagnies de plantation de palmiers à huile

sur www.presseafricaine.info (8 avril 2010) : Greenpeace : Les agrocarburants constituent une aberration pour le climat.

sur www.liberationafrique.org (7 décembre 2010 ) : Comment la SOCAPALM viole les droits sociaux et environnementaux des communautés locales

et sur www.monde-diplomatique.fr (9 décembre 2010 ) : Cameroun : le groupe Bolloré visé par une plainte, par Thomas Deltombe



8 Dans les messages du forum

  • lire sur eco.rue89.com (07/12/2010) : Socapalm au Cameroun, l’épine du groupe Bolloré

    Spoliation, pollution et « climat de terreur » : l’édifiante enquête associative sur la plantation de palmiers.

    Après les enquêtes journalistiques, un collectif d’associations dévoile trois ans d’enquête sur la Socapalm, la plus importante plantation de palmiers du Cameroun. Une société, contrôlée par les groupe Bolloré et Fabri, aux pratiques sociales et environnementales contestées. Rue89 a lu le dossier.

    Quatre associations ont regroupé leurs forces pour enquêter sur les pratiques de la Socapalm :

    * deux au Cameroun, le Centre pour le développement et l’environnement (CED) et la Fondation camerounaise d’actions rationalisées et de formation sur l’environnement (Focarfe) ; * une en France, l’association Sherpa ; * une en Allemagne, Misereor.

    Socapalm fait l’objet d’un montage financier complexe. Les bénéfices de l’exploitation d’huile de palme sont rapatriés vers deux holdings luxembourgeoises, afin de payer moins d’impôts sur les sociétés.

    Voir en ligne : Socapalm au Cameroun, l’épine du groupe Bolloré

    repondre Répondre à ce commentaire

  • lire sur oilpalminafrica.wordpress.com : L’huile de palme au Cameroun

    Au Cameroun, le palmier à huile fait depuis longtemps l’objet d’une exploitation traditionnelle par les populations forestières sous la forme de palmeraies spontanées. Le palmier à huile était utilisé pour l’alimentation (huile de palme, vin et alcool de palme) ainsi que dans la pharmacopée traditionnelle (savons fabriqués à partir d’huile de palme et de palmiste, pommades à base d’huile de palmiste).

    Les plantations industrielles ont débuté vers 1907 sous la colonisation allemande, en premier lieu dans la région d’Édéa où se situe la Société des Palmeraies de la Ferme Suisse (SPFS), dont les premières plantations datent de 1910. Comme l’écrit l’historien camerounais F. Etoga Eily (1971) : « Le soutien moral et matériel qu’apportait le gouvernement [au système des plantations] lui donna assez vite une allure officielle et militaire, au point que tout, hommes et choses, était subordonné au développement des grandes plantations. […] un fait apparaissait clair et indiscutable, c’est que les plantations formaient l’ossature de l’économie du Territoire, et l’Administration ne pouvait rien leur refuser ». ...

    Voir en ligne : L’huile de palme au Cameroun

    repondre Répondre à ce commentaire

  • lire sur www.infosud.org (29 mars 2012) : Cameroun : les terres de la discorde

    Dans le Sud-ouest du Cameroun, plus de 73.000 hectares de terres agricoles sont désormais loués au groupe agro-industriel américain Herakles Farms . Et cela au prix record de 1 dollar annuel l’hectare, selon un bail foncier dénoncé par les Ongs locales qui crient au scandale. A travers leur filiale la SG Sustainable Oils Cameroon ( Sgsoc ), les dirigeants de la firme new-yorkaise comptent produire 400.000 tonnes d’huile de palme brute et 40.000 tonnes d’huile de palmiste par an. Pour Delilah Rothenberg, directrice du projet, il s’agit surtout de « réduire la dépendance du Cameroun aux pays d’importations » en produisant localement cette huile. Une intention louable, mais qui cacherait de graves conséquences selon le Centre pour l’Environnement et le Développement (CED), une ONG camerounaise. ...

    Voir en ligne : Cameroun : les terres de la discorde

    repondre Répondre à ce commentaire

    lire sur farmlandgrab.org (11 Sep 2012) : Accaparement illicite des terres : Des ONG camerounaises rentrent dans la bataille

    Le CED et le RELUFA sont résolus à aller jusqu’au bout du combat qui devrait permettre d’interrompre les investissements de palmier à huile par un groupe américain

    Les responsables du Centre pour l’environnement et le Développement (CED) associés à ceux du Réseau de Lutte contre la Faim au Cameroun (RELUFA), ont décidé qu’il était désormais temps de se mettre définitivement en travers du chemin de l’entreprise SG Sustainable Oils Cameroon (SGSOC), filiale camerounaise de la firme américaine Herackles Farm.

    Nous ne pouvons plus attendre, nous sommes désormais convaincus que cette entreprise n’envisage pas un seul instant de s’aligner sur les objectifs de développement durable. C’est maintenant que nous devons les arrêter. Si nous attendons, même avec un succès, il sera trop tard, parce que les choses détruites seront difficilement remises en place a fait savoir Samuel Nguiffo, le principal responsable du CED, alors que l’organisation présentait le 06 septembre dernier un film documentaire intitulé des « Palmiers de la Colère », qui ressort les misères des populations riveraines.

    ...

    Voir en ligne : Accaparement illicite des terres : Des ONG camerounaises rentrent dans la bataille

    repondre Répondre à ce commentaire

      Thanks, this site is very useful.

      Voir en ligne : webpage

      repondre Répondre à ce commentaire

      • lire aussi : Les populations indigènes d’Afrique et d’Asie contestent le projet Socfin/Bolloré

        Les tribus Bunong du Cambodge, les pygmées Bagyeli du Cameroun et les villageois de la chefferie de Malen en Sierra Leone ont une chose en commun : ils sont tous aux prises avec le développement de plantations industrielles de palmiers à huile et d’hévéas par des filiales de Socfin (Société Financière des Caoutchoucs), une société dont le principal actionnaire est le groupe Bolloré, détenu par l’homme d’affaires français Vincent Bolloré.

        Depuis 2008, dans chacun de ces pays, la résistance s’est organisée face à la perte de terres agricoles, aux conditions douteuses d’attribution des concessions et à l’impact sur l’environnement des activités du groupe et de ses filiales, Socfin KCD au Cambodge, Socapalm au Cameroun et Socfin SL en Sierra Leone. Une lutte inégale est engagée contre un géant présent dans 92 pays - dont 43 en Afrique - qui contrôle non seulement des plantations mais aussi étend son emprise dans de grands secteurs stratégiques tels que pétrole, transport, logistique, manutention et surtout ports africains (13 en 2012)....

        Voir en ligne : Les populations indigènes d’Afrique et d’Asie contestent le projet Socfin/Bolloré

        repondre Répondre à ce commentaire

      • lire aussi sur www.journaldelenvironnement.net : Le palmier à huile menace désormais le bassin du Congo, par Valéry Laramée de Tannenberg

        Jusqu’à présent épargnées par les plantations de palmier à huile, les forêts du bassin du Congo voient s’ouvrir les premières exploitations. Et ça n’est pas fini.

        Retour au bercail pour Elaeis guineensis. Après avoir dévasté les forêts primaires d’Indonésie et de Malaisie, le palmier à huile revient dans l’une des régions qui l’a vu naître : le bassin du Congo. ...

        Voir en ligne : Le palmier à huile menace désormais le bassin du Congo

        repondre Répondre à ce commentaire

      • Le groupe Bolloré assigné en justice par les Bunongs du Cambodge

        Le Monde.fr 29.07.2015 Par Laetitia Van Eeckhout

        ls sont Bunongs, issus d’un peuple autochtone de la région du Mondol Kiri, à l’est du Cambodge, à la frontière avec le Vietnam. En 2008, leur terre ancestrale a été concédée à Socfin-KCD, filiale cambodgienne du groupe Bolloré, pour un vaste projet de plantation d’hévéas, ces arbres dont on extrait le caoutchouc naturel. Sept ans après de vaines batailles pour faire valoir leurs droits, ils ont décidé d’assigner en justice la société mère. Vendredi 24 juillet 2015, leur avocat Fiodor Rilov a saisi en leur nom le tribunal de grande instance de Nanterre dans le cadre d’une action en responsabilité contre le groupe de l’homme d’affaires français Vincent Bolloré. Dans cette action intentée au civil, les Bunongs réclament une réparation en nature, espérant récupérer leur terre, ainsi que plusieurs dizaines de milliers d’euros de dommages et intérêts chacun. ...

        Voir en ligne : Le groupe Bolloré assigné en justice par les Bunongs du Cambodge

        repondre Répondre à ce commentaire



      Lettre d'info

      Recevez 2 fois par mois
      dans votre boîte email les
      nouveautés de SENEMAG




      © 2008 Sénémag      Haut de page     Accueil du site    Plan du site    admin    Site réalisé avec SPIP      contact      version texte       syndiquer