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Tambacounda : contre le péril plastique, 800 femmes ressortent leur calebasse

  Enregistrer au format PDF  envoyer l'article par mail title=    Date de publication : dimanche 18 avril 2010
Tambacounda, 18 avril 2010 (APS) - Quelque 800 femmes de la commune de Tambacounda et environs ont renoncé à l’utilisation des sachets plastiques, au profit d’ustensiles traditionnels biodégradables comme la calebasse, a indiqué le chef du projet Aliniha Sénégal avec lequel elles ont signé une charte les engageant dans ce sens.
’Nous, ici à Tambacounda, avec l’initiative Aliniha, on essaye de lutter contre ça (les sachets plastiques), en favorisant l’émergence de femmes leaders, responsables d’un développement durable’, a dit à l’APS, Jean Goepp

L’initiative Aliniha "accompagne en priorité les femmes démunies de Tambacounda ville et alentours dans des formations, de l’appui en termes de micro-crédit, protection et gestion des ressources naturelles, à savoir essentiellement la gestion des ressources forestières et la minimisation et la gestion des déchets urbains et en particulier le sachet plastique".

Mis en œuvre à Kayes (Mali), à Gaoua (Burkina Faso) et à Tambacounda qui compte "presque à 800 femmes bénéficiaires", ce projet amène des femmes leaders à bannir de leur quotidien l’utilisation du sachet plastique. "Donc, elles ressortent leur calebasse pour aller au marché, elles ressortent leur panier pour aller vendre leurs produits, elles signent une charte qui les lie à nous", explique M. Goepp.

D’après lui, cette charte à travers laquelle elles s’engagent à ne plus utiliser le sachet plastique et à convaincre leur entourage à en faire de même, leur donne des droits et des devoirs.

"C’est des femmes leaders d’un développement durable, parce qu’elles plantent des arbres. Elles plantent six à huit arbres par année qu’elles entretiennent et protègent, tout en formant leurs proches à faire la même chose".

Les bénéficiaires ont droit à un crédit qui leur permet de mener des activités génératrices de revenus. "Même si elles n’ont pas de carte d’identité, même si elles n’ont pas d’apport préalable, mais on est sûr que c’est des femmes sérieuses entreprenantes, on est prêt à les accompagner".

Comme en atteste le slogan de Aliniha, "yere deme soo" (aides-toi toi-même en bambara), le projet est contre la "politique de la main tendue", et "ne fait pas de cadeau", précise Goepp, convaincu que "veut se développer qui a envie d’avancer".

"On essaye de commencer à s’occuper de ce problème que souvent, le citoyen sénégalais ne perçoit pas vite, il a l’impression que ça ne le touche pas", poursuit le coordonnateur de l’Oceanium, non sans ajouter :"je pense que le moment où ça va nous toucher, ça sera tellement important qu’il sera difficile d’agir".

Il a souligné la nécessité de "prendre conscience de ce danger". "Ce plastique-là est vraiment problématique. Il rend des services parce qu’il est léger, parce qu’il peut porter beaucoup de choses en son sein, mais il a un vrai problème, c’est que de par sa longévité, il nous envahit".

"Le boutiquier est très fier de t’emballer les (morceaux) de sucre dans un petit "mbouss" (sachet) transparent et puis de séparer tout ça. Il a l’impression que c’est plus hygiénique, que c’est mieux", fait-il constater, relevant qu’ "il y a 15 ans – vingt ans", on emballait les produits dans un "morceau de papier provenant d’un sac de riz ou de ciment, ou bien c’était tout simplement du journal".

"La différence aujourd’hui, on la constate partout dans toutes nos communes et dans nos villages", ajoute-t-il. "Peut-être que c’est plus pratique pour transporter les produits, mais quand on les (les sachets plastiques) jette, ils persistent. Un sachet plastique peut rester 300 à 400 ans sans se dégrader", indique Jean Goepp.

Lorsqu’il est avalé par une chèvre ou un mouton, le sachet plastique peut provoquer une occlusion intestinale qui peut tuer l’animal. Enfoui dans le sol, il bloque la poussée des racines dans le sol, note le chef de projet. Il peut aussi provoquer un "effet de serre" sur certaines variétés culturales comme l’arachide quand il les enveloppe.

Pour illustrer les effets néfastes du plastique, il a évoqué le cas de la vallée du Mamacounda traversant la ville et où coulait, il y a quelques années, une rivière et où l’on cultivait du riz. Elle est "aujourd’hui complètement bouchée par des ordures et essentiellement des matières plastiques qui, en fait, ne se dégradent pas".

"Dans les temps passés, les gens jetaient leur poubelle de la même manière dans le faro (vallée), sauf que dans toutes les poubelles il n’y avait que des choses dégradables", relève-t-il.

Pour lui, l’Etat peut "très facilement" résoudre le problème à travers une "solution très simple" consistant à interdire le sachet plastique et à veiller à l’application de l’interdiction. "Maintenant si le gouvernement n’agit pas, c’est au citoyen d’agir", ajoute-t-il, tout en affirmant qu’ "il ne faut pas tout attendre de l’Etat. S’il ne le fait pas, on n’attend pas, on agit, et ça, les femmes de Tambacounda l’ont compris".

Il serait "faux" de penser qu’en décidant seul d’abandonner le sachet plastique, on n’aura pas d’impact. "Si tu ne prends pas et tu t’obstines dans ton choix et tu arrives à convaincre ton meilleur ami, (qui en fait de même), on finit par devenir une "chaîne très forte". "’Si l’Etat ne le fait pas volontairement, le peuple peut l’imposer à l’Etat", explique-t-il.

D’après elles les femmes de Tambacounda qui ont refusé l’usage du sachet plastique sont en train de convaincre leurs proches à faire la même chose.

"Peut-être que dans dix ans on aura réhabilité le ‘faro’, grâce à l’initiative de ces femmes et sans l’appui de l’Etat", parce que des citoyens auront pris conscience de leur intérêt. Ces femmes "savent qu’on ne peut pas gagner sa vie, valoriser les produits dans un environnement qui se dégrade partout".

"Aujourd’hui, nous avons des solutions, ce sont des solutions de nos parents qui achetaient bien des produits, qui allaient au marché avec une calebasse, qui avaient des paniers tressés en rônier."

"Quand tu achètes un panier en rônier, non seulement tu utilise un rônier qui a poussé chez nous, tu fais gagner leur vie aux gens qui l’ont exploité et ton panier va rester dix ans avec toi. Tu peux mettre tous tes produits, il est plus solide qu’un sachet plastique", soutient-il. Il a ajouté qu’au bout de dix ans, le panier jeté "va se transformer en matière organique qui va enrichir (le) sol".

En se procurant un récipient en feuilles de rônier, "tu n’as pas enrichi une grosse usine qui a fabriqué ton sachet plastique, tu a enrichi un des tes frères du village de Wassadou", poursuit-il.

"Il faut, a noté l’écologiste, prôner ce genre de solution, parce que c’est des solutions durables (..) qui en plus, amènent du travail et valorisent les produits de nos terroirs, qui existent depuis la nuit des temps. Ce n’est que comme ça qu’on va pouvoir changer les choses".

A l’aide de différents outils de communication sociale, dont des cinémas-débats, quelque 50.000 à 100.000 affiches dans les centres urbains à travers le pays, ainsi que la publicité à la télé, Aliniha essaye d’attirer l’attention des citoyens sur le péril plastique, en insistant sur la durée de vie du plastique.


lire aussi sur www.aps.sn (16 avril 2010) : Le coordonnateur de l’Oceanium pour l’interdiction des sachets plastiques

sur www.syfia.info (01-12-1996) : Rônier : les paniers plus rentables que le vin

sur www.lesoleil.sn (05-10-2010) : PÉRIL PLASTIQUE AU SENEGAL : 5 millions de sachets utilisés par jour

et voir (VIDEO) sur www.aujourdhuilinde.com (5/2/2010 ) : Apna Desh ou la philosophie du village sans plastique, par Charlotte Lassalle





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