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Mots croisés avec… Aloyse Raymond NDIAYE responsable de l’institut supérieur des arts et des cultures : L’université a besoin de l’art pour être créatrice

  Enregistrer au format PDF  envoyer l'article par mail title=    Date de publication : jeudi 5 février 2009
L’Institut supérieur des arts et des cultures (Isac) accueille ses premiers étudiants le 12 février. Il est le premier jalon du futur Centre multiculturel de l’université de Dakar. Son responsable, le professeur de philosophie Aloyse Raymond Ndiaye, explique, dans cette première partie d’entretien, la vocation de cet établissement, qui servira de jonction entre l’espace universitaire et le monde de la culture.

source : www.walf.sn - 4 Fév 2009

Wal Fadjri : Avant de parler de l’Institut supérieur des arts et des cultures, (Isac) nous voulons d’abord connaître son responsable. Qui est celui qui dirige ce nouvel établissement ?

Aloyse Raymond NDIAYE : Je suis Aloyse Raymond Ndiaye. Je suis de formation professeur de philosophie. J’ai exercé des fonctions à Dakar comme professeur de philosophie à l’ Ucad et comme doyen de la Faculté de Lettres. J’ai fait aussi de la coopération internationale au sein de la francophonie. J’ai terminé mon mandat de vice-recteur à la régionalisation à Montréal dans le cadre de la francophonie universitaire représentée par L’Agence universitaire de la francophonie qui est une association des universités francophones. Je dirigeais le Fonds international de coopération universitaire, alimenté par le Canada, la France, la Communauté française de Belgique, etc. Cet argent servait à financer la coopération entre les universités francophones Nord et Sud. J’y étais de 1991 à 2006.

Wal Fadjri : Comment vous est parvenue la proposition de diriger l’Isac ?

Aloyse Raymond NDIAYE : Ma carrière est strictement universitaire. A la fin de mon mandat, je suis rentré, car je dépendais de l’ Ucad qui m’avait détaché à ce poste. Le recteur Abdou Salam Sall m’a demandé de les aider à mettre en place ce que lui appelle un Centre multiculturel. Le projet, qui est un projet du recteur donc de l’université de Dakar, était à l’origine de faire un Centre multiculturel. C’est une ambition louable, mais qui va prendre du temps pour sa mise en place. Car il faut des constructions, des ateliers, des laboratoires, cela va être un espace de convivialité entre les artistes. C’est quelque chose d’assez lourd, mais le recteur a accepté que l’on procède par étape. Dans un premier temps, instaurer au sein de l’université de Dakar, des filières de formation artistique qui n’existaient pas avant. Il y a des Ecoles professionnelles comme l’Ecole des arts, mais au sien de l’Ucad il n’y avait pas encore une filière d’enseignement artistique. C’est la raison pour laquelle nous avons adopté cette méthode, en espérant que ce projet, se réalisant et s’épanouissant, va susciter de l’intérêt auprès de la communauté universitaire sénégalaise, celle de la sous-région et des bailleurs de fonds, pour donner ultérieurement au Centre multiculturel sa force.

Wal Fadjri : Pourquoi avoir installé l’Institut au sein du musée Théodore Monod de l’Ifan ?

Aloyse Raymond NDIAYE : Notre installation au musée de l’ Ifan n’est pas accidentelle, c’est volontaire. Nous avons voulu emménager dans un lieu déjà marqué par la culture et montrer au fond que ce n’est pas quelque chose de superficiel ou de secondaire. Nous voulons être au cœur de la culture. Ce musée est un endroit culturel, c’est notre marque distinctive. Le directeur de l’Ifan a accepté à la demande du recteur, de nous céder les locaux. Quand on est ici, on sait qu’on est là pour la culture. Et c’est aussi une façon pour nous de montrer que l’université a un rôle moteur au sein de la culture pour relancer le secteur. Le musée est très beau du point de vue espace, architecture, du point de vue richesse aussi. Mais à mon sens, il n’est pas bien connu, très bien valorisé et pas suffisamment fréquenté. L’Institut a pour mission de relancer au sein de la communauté universitaire un intérêt pour ce musée et pour la culture. Nous sommes ici au siège de l’ Isac avec l’administration, la grande salle sera la salle de cours, à côté, il y a les salles de documentation, de travail et de bibliothèque pour les étudiants.

Wal Fadjri : Pouvez-vous nous présenter l’Isac ?

Aloyse Raymond NDIAYE : L’ Institut supérieur des arts et des cultures abrite une filière de formation qui délivre un diplôme d’Etat qu’est le Master en art et culture. Nous allons recruter des étudiants qui ont la licence ou l’équivalent du diplôme ou le niveau. Ils seront là pendant deux ans pour se former. Car on fonctionne par semestre, le Master fonctionnant en deux ans l’équivalent de quatre semestres. Les premiers semestres vont leur permettre d’avoir des connaissances théoriques pour renforcer ce qu’ils savent déjà ou qu’ils ne savent pas suffisamment. Les cours théoriques seront obligatoires dans un premier temps. Il y aura l’histoire de l’art dans le domaine de l’esthétique, du patrimoine, de la gestion des arts, de la propriété intellectuelle, etc. Des choses qu’ils doivent connaître pour réaliser leur projet. En même tant, comme ils viennent avec un projet de mémoire qu’ils doivent soutenir en deuxième année, on les initie à la méthode de la recherche. Pour ceux qu’ils veulent faire plus tard l’enseignement supérieur, certains voudront faire de la recherche en doctorat, là ils iront dans les écoles doctorales pour devenir par la suite professeur d’université. D’autres voudront immédiatement rentrer dans le monde du travail, créer leur propre structure, c’est la partie création production. Ce travail doit être préparé par la maîtrise d’une bonne méthode. La méthode de recherche fondamentale qu’il y a dans l’enseignement supérieur pour être professeur plus tard, doit être une méthode bénéfique pour l’étudiant et lui permettra de mettre en place, par exemple, un atelier de théâtre, une troupe théâtrale, une galerie d’art, etc.

Wal Fadjri : Quelles sont les filières de formation proposées par l’Isac ?

Aloyse Raymond NDIAYE : Ce qu’il faut bien noter, c’est que nous ne formons pas des peintres ni des danseurs… Nous ne voulons pas des jeunes qui auront un diplôme et qui iront ensuite chercher du travail. Nous chercherons des étudiants pour créer des emplois… Du point de vue des enseignements, il y aura autant l’art africain que l’art international. C’est pourquoi dans l’intitulé de la définition de l’Institut on précise l’Institut supérieur des arts et des cultures. Les patrimoines, le nôtre et celui des autres seront pris en considération. Mais nous mettrons l’accent sur l’Afrique sans oublier le reste monde. Parce qu’on souhaite que les autres viennent chez nous pour apprendre, découvrir, connaître ce qu’ils ne peuvent pas avoir ailleurs. Nous dispenserons des enseignements en matière de muséologie, de conservation et de réparation des objets d’arts, sur la gestion des arts (comptabilité, planification, management, etc.) quand on ouvre une galerie, crée une troupe théâtrale, car l’entreprise d’art obéit à des règles. Il faut que les étudiants connaissent les valeurs culturelles et les techniques qui rapprochent les peuples. Car il y a une finalité à tout cela, c’est la compréhension mutuelle. Il ne faut pas oublier le côté informatique parce que beaucoup de choses se font aujourd’hui dans le cadre du numérique et de l’informatique. Ce sera un élément central dans notre dispositif d’enseignement. Au niveau des disciplines, il y aura des travaux dirigés et pratiques dans le domaine du cinéma ; car un encadrement cinématographique est prévu. Le langage cinématographique doit être connu par ceux qui s’intéressent au cinéma en général et au cinéma africain en particulier ; de la vidéo, de la danse, etc. En plus des cours théoriques obligatoires, chacun recevra les fondamentaux dans son domaine.

Wal Fadjri : Ce curriculum d’enseignement répond-t-il à un besoin local particulier ?

Aloyse Raymond NDIAYE : Un institut comme ça et une formation à ce niveau n’existent pas dans la sous-région. En Afrique francophone, il y a des écoles nationales d’art, comme au Sénégal. Seul le Cameroun a une Faculté des beaux-arts, cela est lié à la tradition anglosaxone. En Afrique centrale, on s’intéresse à tout ce qui est muséologie. Mais d’une façon générale dans les universités francophones, au sud du Sahara, il n’y a pas un enseignement des arts en tant que tel à l’exception des deux pays cités. C’est un vide qui peut être nuisible à l’art parce que la réflexion esthétique n’évolue pas. Il faut une critique, les artistes doivent échanger. Il faut que l’artiste devienne lui-même critique de son propre art. Mais cela il faut qu’il soit dans un espace public de débat, qu’est par définition l’université. D’un autre côté, l’université a besoin de l’art pour être, elle aussi, créatrice. Il y a là un échange très important, car il faut que l’art donne à l’université l’élément qui la permet d’être créatrice.

Il y a autre chose : il y a des spécialistes de l’art africain, mais ils sont à l’extérieur et font partie de la diaspora. Les universités françaises ou américaines recrutent certains de nos enseignants. Ce qui fait qu’il y a un vide dans nos pays. Il faut faire en sorte que nos compatriotes de la diaspora viennent nous donner un coup de main dans la formation des futurs historiens de l’art.

L’ Isac répond ainsi à un besoin réel. Nous avons testé ce besoin en 2005 en organisant à Toubab Dialaw, une université d’été sur les formations artistiques ouvertes aux étudiants. Nous voulions à l’époque savoir si cette formule intéressait les étudiants qui viennent de toutes les Facultés. Cela a eu un énorme succès. On a aussi rencontré un intérêt des autorités, des ministères de la Culture et de l’Enseignement Supérieur. Ceux qui sortent de l’Ecole des arts sont attirés par cette formation. Car il y a possibilité, en venant, ici d’avoir une formation supérieure qui leur permet d’évoluer dans leur propre carrière. On a vu que les créateurs eux-mêmes étaient en attente. ( A suivre)

Auteur : Fatou K SENE




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