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« UN TRANSPORT EN COMMUN » DE DYANA GAYE

« Road-movie » musical entre Dakar et Saint-Louis

  Enregistrer au format PDF  envoyer l'article par mail title=    Date de publication : mercredi 15 décembre 2010
Après « Une femme pour Souleymane » (2000), « J’ai deux amours » (2004) et « Dewenati » (2006), ses trois premiers courts-métrages, la jeune cinéaste sénégalaise Dyana Gaye vient de réaliser « Un transport en commun », une comédie musicale d’une quarantaine de minutes sélectionnée au 24ème Festival international francophone du film de Namur.

source : www.lesoleil.sn- juin 2010

NAMUR (Belgique) - Les premières images du moyen-métrage «  Un transport en commun  », comédie musicale de la cinéaste sénégalaise Dyana Gaye, est celle de la Gare routière de Dakar grouillante de monde malgré l’heure matinale. Passagers, chauffeurs, rabatteurs et marchands à la sauvette s’activent autour de dizaines de voitures en partance pour l’intérieur du Sénégal. Deux jeunes filles se dirigent vers un «  7 places », ces vieilles Peugeot 404 déglinguées qui, chaque jour, convoient des centaines de passagers vers Diourbel, Louga, Thiès, Kaolack, Ziguinchor, Saint-Louis et d’autres cités du pays...

Sortie en France 16 juin 2010 .
Réalisé par Dyana Gaye. Sénégal. Musical.
Durée : 48 minutes.
Avec Umban Gomez de Kset, Anne Jeannine, Bigué Ndoye, Adja Fall, Antoine Diandy, Marième Diop et Gaspar Manesse.
L’une des deux filles doit se rendre à Saint-Louis pour assister aux obsèques d’un père qu’elle n’a jamais connu. Le chauffeur (interprété par Umban Ukset, l’ex-chanteur du West African Cosmos des années 1970, aux côtés de Wasis Diop) est pressé de « remplir » sa voiture. Son assistant peine à trouver les sept passagers qui feront son bonheur. Mais ils ne sont que six. Pas de quoi fouetter un chat. Les « clients » acceptent de compenser ce manque à gagner en ajoutant quelques francs Cfa sur le prix du billet. Allez hop, on balance les sacs, les valises et les sachets dans la malle arrière et sur le toit du « 7 places ». Et direction Saint-Louis !
C’est parti pour un « road-movie » musical à travers les embouteillages de la sortie de Dakar, les images pittoresques des petites localités traversées et les paysages charmants faits d’arbres, de camions remplis à ras bord et de vendeuses squattant les bas-côtés de la route. Le voyage va être tumultueux et bourré de surprises.

Vision décalée sur les réalités sénégalaises

Les personnages sont attachants : un jeune dakarois très sentimental et qui rêve d’Europe (d’Italie précisément) ; deux jeunes filles s’exprimant avec un accent parisien, très détendues dans leur look de vacancières ; une femme d’âge mûr scotchée à son téléphone portable et qui gère de loin son salon de coiffure ; sa nièce, qui semble en avoir marre de se casser la tête en passant sa vie à tresser celle des autres ; un étudiant grenoblois un tantinet naïf, venu faire des recherches au Sénégal ; une jeune orpheline qui n’a jamais connu un père et qui tient quand même à assister à ses obsèques ; un homme fier de tous ces ponts et routes construites à Dakar, mais qui se plaint des embouteillages et du mal-vivre dans le pays... Tout ce beau monde est engagé dans un voyage fabuleux où le rire, les colères, la mélancolie, le rêve, les réminiscences (tristes ou joyeuses) et la nonchalance de certains personnages donnent un résultat filmique assez agréable à suivre.

On chante, on danse, on gueule (l’épique scène de la collision avec un camion rempli de pastèques), on rigole, on pleure, on se confie des secrets, on tombe amoureux, bref on vit comme dans n’importe quel coin de la planète. « C’est une sorte de photographie sociale du Sénégal », nous a confié la cinéaste Dyana Gaye avec qui nous avons discuté, dimanche soir, dans une salle du théâtre de Namur. « J’ai voulu faire cohabiter le réel et ce côté enchanté et féerique d’une comédie musicale. En fait, j’ai rassemblé de vieux souvenirs de passagère de taxi-brousse lorsque je voyage à travers le Sénégal. Je prenais beaucoup de notes et c’est tout cela que j’ai voulu mettre en images », poursuit cette réalisatrice née en 1975 à Paris où elle a grandi, où elle vit et où elle a obtenu, en 1997, une maîtrise d’études cinématographiques à l’Université de Paris VIII (Saint-Denis).

Dans son film, elle a tenu à mettre en scène les chansons dans un décor naturel. La chorégraphie de la Gare routière est un moment surréaliste avec des danses au beau milieu des voitures, sur fond de violons et de violoncelles. Dans les autres chansons, on décèle des accents de rock, de soul, de big-bang, des solos de djembés et cette voix à la fois rauque et inimitable de Umban Ukset. Toutes les chansons ont été interprétées par les comédiens eux-mêmes (dont la plupart ne sont pas professionnels), sans doublage. Cette comédie musicale est comme une vision décalée sur les réalités sénégalaises. « Je suis dans une position d’observatrice tout en m’inscrivant dans la réalité sénégalaise sous la forme d’une fiction », nous explique Dyana Gaye qui a écrit tous les textes des chansons. « Je les écrivais en même temps que le scénario, car je les considère comme des dialogues sous formes de rimes. Les musiques correspondent aux émotions des personnages et ont été composées en fonction de leur histoire », glisse-t-elle. Son moyen-métrage, tourné entre Dakar et Saint-Louis, n’est peut-être pas un chef d’œuvre, mais il est assez bien filmé avec des scènes joyeuses qui entraînent le spectateur dans un monde enchanteur, onirique, qui nous change un peu des œuvres tristounettes et larmoyantes de certains cinéastes africains.

MODOU MAMOUNE FAYE


lire aussi sur www.africultures.com ( 25|11|2009) : "Ce qui m’intéresse, c’est de travailler sur des énergies", entretien d’Olivier Barlet avec Dyana Gaye à propos de "Un Transport en commun"

sur www.lesnouvellesnews.fr (15 Juin 2010) : Le Sénégal chanté de Dyana Gaye, par Sandrine Goldschmidt

sur www.walf.sn (janvier 2011) : Mots croisés avec Dyana Gaye, réalisatrice franco-sénégalaise : Pourquoi j’ai choisi la comédie musicale , Propos recueillis par Fatou K. SENE

et sur www.aps.sn (04/03/2011) : Prix UEMOA de l’intégration : "Un transport en commun" de Dyana Gaye récompensé, par Aboubacar Demba Cissokho





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