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Une technique de filtration du fluor et du sel

  Enregistrer au format PDF  envoyer l'article par mail title=    Date de publication : mardi 22 mars 2011
eau   energie solaire   hygiène   UCAD  
DAKAR, 14 mars 2011 (IPS) - Des chercheurs de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), au Sénégal, viennent de mettre au point un procédé d’élimination du fluor et du sel de l’eau destinée à la consommation.
La procédure d’élimination du fluor et du sel repose sur la technique de nano-filtration et s’effectue à l’aide d’une machine pouvant fonctionner pendant huit heures par jour, explique le professeur Courfia Diawara, chef de l’équipe de chercheurs dont les travaux ont été développés par la société américaine Pall pour donner la machine ’Pall Aria Pure’.

Cette machine, qui fonctionne à l’énergie solaire ou électrique, a été présentée au public le 24 février 2011, à l’ UCAD . Elle peut, chaque jour, séparer 4.000 à 7.000 litres d’eau du fluor et du sel qui polluent la nappe phréatique dans le Bassin arachidier comprenant les régions de Louga, Diourbel, Fatick, Kaolack, Kaffrine et Thiès, au Sénégal.

"La machine de dessalement et de dé-fluoration de l’eau est fiable, robuste et facile d’usage", indique à IPS, Diawara qui enseigne à l’Ecole doctorale Eau, qualité et usages de l’eau (EDEQUE), à l’UCAD.

"L’élimination du fluor et du sel par nano-filtration est une technologie fiable et peu coûteuse. Techniquement, on peut la vulgariser ; c’est bien possible", déclare à IPS, Saliou Ngom, de la direction de la gestion et de la planification des ressources en eau, au ministère de l’Urbanisme et de l’Assainissement.

L’eau saumâtre - celle qui contient du sel - est couramment consommée par 27 pour cent de la population du Bassin arachidier, selon Diawara, qui enseigne également l’Université de Ziguinchor, dans le sud du Sénégal.

"Dans le Bassin arachidier, la teneur en fluor de l’eau servant de boisson est supérieure à trois milligrammes par litre, avec une variation du taux de fluor d’un forage à un autre. Et, la salinité est supérieure à 2.000 milligrammes par litre, alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande une teneur maximale de 1,5 milligramme de fluor et 500 milligrammes de sel par litre d’eau", explique Dr Saidou Nourou Diop, membre de l’équipe de chercheurs de l’EDEQUE.

"Le fluor et le sel donnent à l’eau un caractère saumâtre, qui la rend impropre à la consommation. A cause de ces substances, l’eau est désagréable et nocive à la santé", explique le médecin-dentiste Malick Faye, de la Faculté de médecine, de pharmacie et d’odontostomatologie de l’UCAD, qui a collaboré avec les chercheurs.

"De nombreuses études ont monté que plus de 80 pour cent des personnes vivant dans le Bassin arachidier sont atteintes de fluorose, avec une sévérité variant selon la zone d’habitation... C’est surtout l’eau de forage qui contient la plus grande quantité de fluor", souligne Dr Faye.

’’Cependant, les études que nous avons effectuées dans la région de Kaolack ont montré que des enfants ayant grandi dans le Bassin arachidier ont développé peu de fluorose dentaire ; parfois aucune fluorose pour certains, et ont présenté, en outre, peu de caries dentaires", relève Faye, ajoutant que tout le monde n’est pas atteint par l’effet du fluor et/ou du sel.

Selon Faye, des études effectuées dans les pays développés, et même dans certains pays d’Afrique, ont confirmé que la dé-fluoration de l’eau et le dessalement se traduisent, au bout de plusieurs années, par une réduction de la fluorose dentaire.

La nouvelle technologie de la nano-filtration "permet d’éliminer l’excès de fluor, tout en laissant à l’eau les autres ions qui lui donnent sa qualité", ajoute Dr Faye.

Couplée à l’énergie solaire, cette technologie pourrait être avantageusement utilisée le long du fleuve Sénégal, dans le nord du pays, au bénéfice des villages qui n’ont pas accès à l’eau potable, suggère Diawara. La technologie peut, avec une production énergétique suffisante, dessaler et dé-fluorer 120.000 litres par jour, sur le fleuve, a-t-il indiqué.

Le besoin quotidien en eau potable d’une personne adulte est estimé entre 1,5 et deux litres par jour, rappelle Dr Diop. "Si une personne consomme deux litres d’eau par jour, il faut un volume de 4.000 litres pour 2.000 habitants", dit-il. Il a indiqué qu’avec 7.000 litres traités par jour, l’appareil ’ Pall Aria Pure ’ de la nano-filtration peut répondre, chaque jour, aux besoins en eau potable d’une population de 3.500 personnes.

Si la technique est trouvée, la dotation des forages du Bassin arachidier en machines ’Pall Aria Pure’ reste néanmoins une équation à résoudre, avec notamment l’aide des partenaires au développement.

"Nous allons participer à l’achat d’une unité de dessalement et de dé-fluoration pour la localité de Ndiaffate, dans la région de Kaolack... Nous espérons que vers août et septembre prochains, la machine sera disponible", a déclaré à IPS, Joseph Van Loon, un agent de la Coopération technique belge (CTB) au Sénégal.

Ndiaffate regroupe plusieurs villages qui totalisent quelque 2.000 habitants, et les chercheurs ont travaillé sur ce village-centre et ses environs. Ndiaffate a également servi de test pour mettre au point cette technologie, selon Dr Diop.

Selon Van Loon, il faut 195.000 euros (environ 255.450 dollars US) pour doter Ndiaffate d’une unité de cette technologie, y compris les frais d’installation et les canalisations pour raccorder les autres villages environnants, le coût de la machine étant de 27.480 euros (environ 36.000 dollars), selon Diawara. La CTB s’engage à contribuer pour 55.000 euros (72.050 dollars). (FIN/2011)

Souleymane Faye


lire l’article sur le site ipsinternational.org : Une technique de filtration du fluor et du sel

lire aussi sur ipsinternational.org (19 mai 2011) : La technique, qui permet de récupérer ces sols riches en sel en vue de les valoriser pour un meilleur rendement agricole, consiste à mettre en place une pépinière forestière, de reboisement d’espace et de construction de digues anti-sel. ">Techniciens et agriculteurs récupèrent les sols riches en sel , par Koffigan E. Adigbli





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